Jean Giraudoux, Electre, acte I, scène 3
ÉGISTHE. Merci Dautre part, président, il est incontestable quéclatent parfois dans la vie des humains des interventions dont lopportunité ou lamplitude peut laisser croire à un intérêt ou à une justice extra-humaine. Elles ont ceci dextra-humain, de divin, quelles sont un travail en gros, nullement ajusté La peste éclate bien lorsquune ville a péché par impiété ou par folie, mais elle ravage la ville voisine, particulièrement sainte. La guerre se déchaîne quand un peuple dégénère et savilit, mais elle dévore les derniers justes, les derniers courageux et sauve les plus lâches. Ou bien, quelle que soit la faute, où quelle soit commise, cest le même pays ou la même famille qui paie, innocente ou coupable. Je connais une mère de sept enfants qui avait lhabitude de fesser toujours le même, cétait une mère divine. Cela correspond bien à ce que nous pensons des dieux, que ce sont des boxeurs aveugles, des fesseurs aveugles, tout satisfaits de retrouver les mêmes joues à gifles et les mêmes fesses. On peut même sétonner, si lon estime lahurissement que comporte un éveil soudain de la béatitude, que leurs coups ne soient pas plus divagants Que ce soit la femme du juste quassomme un volet par grand vent, et non celle du parjure, que laccident sacharne sur les pèlerinages et non sur les bandes en général, cest toujours lhumanité qui prend Je dis en général. On voit parfois les corneilles ou les daims succomber sous des épidémies inexplicables : cest peut-être que le coup destiné aux hommes a porté trop haut ou trop bas. Quoi quil en soit, il est hors de doute que la règle première de tout chef dun État est de veiller férocement à ce que les dieux ne soient point secoués de cette léthargie et de limiter leurs dégâts à leurs réactions de dormeurs, ronflement ou tonnerre.
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